27.03.2008
Citoyen
Un hématome au front et plusieurs sur les bras. Les yeux clos. Pochés. Bouche ouverte. Une salive pâteuse lui colle aux lèvres.
Un voix forte à coté de moi : « Monsieur ! Vous avez de la visite ! Monsieur ? Ouvrez les yeux ! »
Au prix d’un effort manifeste, il ouvre les yeux. Sur le néant. Un vaste vide incohérent.
Je me penche sur lui. Nez à nez. Je souris, agite une main : « papi ? »
Il ne me voit pas. Ses yeux se referment.
Son visage se crispe à intervalles presque réguliers sur une douleur mystérieuse. « Tu as mal ? ». Une espèce de grognement pour toute réponse.
Il tente de lever un bras vers son visage. Il me semble qu’il a conscience de ma présence et qu’il tente de se soustraire à mon regard.
Je m’empare de son bras. Le repose sur le lit. Plaque ma main sur la sienne. Il semble s’apaiser. Pour un instant. Pour un instant seulement.
La grande faucheuse est là. Encapuchonnée de noir. Elle attend. Patiemment.
Ses heures sont comptées. Il n’est plus qu’un mort en sursis. Un paquet de viande que les infirmiers traitent comme tel.
Son compagnon de chambre, assis sur une chaise, demande à être porté dans son lit. Il se fait vertement gronder par l’infirmier : « Vous n’êtes pas le seul Monsieur Paulin ! Vous attendrez votre tour ! »
Le vieux, perdu, murmure : « quel tour ? ».
Oui, quel tour ? Dans ce mouroir où plus rien n’a de sens, de quel tour parle-t-on ?
Puis on me demande de quitter la pièce pour un bref instant. Lorsque la porte s’ouvre, je reste là, à le regarder agoniser. De loin.
Il ouvre les yeux. Semble me chercher. Ne me trouvant pas, il les referme. Je l’imagine soulagé. Mais qui peut savoir ?
17:58 Publié dans Ecrire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
"La mort est une prairie émue par le silence". Tahar Ben Jelloun.
Et si la vie prend parfois l'image d'une barque échouée dans l'herbe du matin, elle est devant. Résolument devant.
Ecrit par : Léon | 01.05.2008
Ecrire un commentaire